RAPPORT D’ANALYSE PARTICIPATIVE DU PROCESSUS DE PAIX EN TERRITOIRES DE MASISI, RUTSHURU ET SUD-LUBERO

00. RESUME DU RAPPORT
Dans le cadre de la mise en oeuvre de l’accordde partenariat entre EPER-Suisse et le CRONGD Nord-Kivu pour l’exécution du projet n° 788345, une analyse participative sur le processus de paix au Nord-Nord vient d’être menée par le CRONGD NK du 13 Juillet au 17 Septembre 2015.
L’étude a simultanément été menée dans trois sites, à savoir le territoire de Masisi (Chefferie de Bashali et Bahunde), en territoire de Rutshuru et à Lubero-Sud (Chefferie de Batangi et de Bamate).
L’étude s’est assigné pour objectifs de développer une nouvelle approche pour la promotion de la paix et la transformation positive des conflits dans les trois sites.
De façon spécifique, le processus participatif d’analyse devrait conduire à:
 mener une analyse participative et approfondie sur les conflits dans les différentes entités ;
 identifier et apprécier les mécanismes antérieurs mis en place dans le cadre de la recherche d’une paix durable et la stabilisation des entités ciblées.
 dégager à partir des expériences antérieures, des informations susceptibles de donner des orientations sur une nouvelle approche de paix;
 définir les grandes lignes d’un programme pour la paix au quotidien entre et au sein des communautés.

Pour atteindre ces objectifs, l’équipe chargée de la conduite de l’étude a opté pour une approche participative et inclusive impliquant toutes les parties prenantes au processus à savoir les communautés locales vivant la situation des conflits au quotidien, les représentants locaux du pouvoir, les chefs traditionnels, les notabilités locales et les différentes organisations de la société civile.
L’approche a globalement intégré les aspects qualitatifs et quantitatifs. Elle est passée de l’interrogation d’un certain nombre des personnes aux interviews structurées avec les informateurs clés tout en respectant les étapes ci- après (i) une phase exploratoire par l’équipe du CRONGD/NK (ii) l’identification des enquêteurs et autres parties prenantes au processus (iii) la formation des enquêteurs (iv) exploitation des données secondaires (v) collecte et analyse des données quantitatives et qualitatives (vi) organisation des ateliers d’analyse participative des conflits et d’évaluation des interventions antérieures.
A l’issu de ce processus, les résultats suivants sont ressortis des analyses menées avec les parties prenantes impliquées.
En rapport avec l’historique des conflits identitaires en province, il ressort que ceux-ci prennent leurs sources à trois niveaux (a) l’héritage colonial (b) le règne du Maréchal Mobutu (c) l’escalades des conflits des années 1990.
Quant aux caractéristiques des conflits dans la zone en étude, il ressort qu’en moyenne 51,6% d’opinions d’enquêtés estiment que les conflits identitaires provoquent le plus des violences dans les trois sites ciblés par nos recherches.

Plusieurs acteurs interviennent dans les conflits identitaires qui sévissent dans la zone en étude, soit en termes d’acteurs directs qui s’affrontent, soit en termes des mains invisibles ou tireurs de ficelles, parmi lesquels il a été cité les communautés ethniques, les autorités coutumières et politico-administratives, les groupes armés, les opérateurs économiques, les politiciens,…
Les démarches visant la transformation positive desdits conflits doivent aussi prioritairement impliquer les leaders communautaires / ethniques ou chefs des tribus, les chefs coutumiers, les organisations de la société civile et ONG Internationales (églises comprises), les acteurs de la justice.
Selon les parties prenantes au processus, les manifestations des conflits dans les trois sites sont plus marquées par les affrontements physiques ou disputes intra et intercommunautaires, les assassinats des personnes ciblées, l’expulsion des certaines personnes de telle ou telle ethnies, destruction méchante des biens des membres d’autres communautés.
Par contre, les ateliers d’analyse participative des conflits ont relevé que les conflits dans le différents sites se manifestent aussi par la création des groupes armés à connotation ethnique, des alliances avec les groupes armés étrangers, les déplacements massifs des populations, la destruction des oeuvres d’art et des vestiges culturels (pour falsifier l’histoire), les rebellions, justice populaire, refus de reconnaissance de l’autorité coutumière, interdiction des mariages interethniques, affrontements des groupes armés à connotation ethnique,…
A la lumière des données recueillies et des résultats des focus groups organisés, il ressort que les causes des conflits dans la zone sont liées entre autres (1) à la faiblesse de l’Etat (2) au sous-emploi des jeunes et la pauvreté (3) au manque d’encadrement du personnel judiciaire et des services pénitentiaires (4) à l’ingérence du pouvoir public, notamment dans la gouvernance coutumière basée sur la tradition ancestrale (5) au déplacement et transplantation des populations sur les terres appartenant à d’autres communautés.
Ces conflits sont exacerbés par la complicité de certaines autorités de l’Etat et coutumières, l’impunité, l’absence des mécanismes appropriés mis en place pour la résolution des conflits, la circulation des armes à grande échelle, le manque de confiance entre habitants et soupçons mutuels liées à la confusion créée sur terrain par les dirigeants politiques, l’absence presque totale de l’administration devenue incapable d’imposer son autorité,…
Quant aux mécanismes antérieurs de résolution des conflits identitaires, ils ont principalement consisté pour les cas des organisations de la société civile en des dialogues intercommunautaires, des campagnes pour la paix, des médiations des conflits, des tables rondes des originaires, des Barza intercommunautaires.
Les mécanismes publics relevés ont principalement trait aux opérations militaires (Kimya, Mbata, Sokola,…), au DDRR, à la récupération des armes contre espèces (PAREC), l’installation des tribunaux de paix dans les territoires,…

Les participants en ont globalement apprécié les succès et les échecs au niveau de chaque mécanisme.
Par ailleurs, 18 grands conflits ouverts et 10 conflits latents ont été identifiés par les participants dans les ateliers d’analyse comme étant les plus préoccupants du moment.
Le point de chute des analyses menées a consisté en la définition de la nouvelle approche pour la gestion positive des conflits identitaires en Province du Nord-Kivu.
A cet effet, les parties prenantes au processus ont défini leurs différentes visions de paix comme repris ici-bas :

La définition des visions a été suivie par l’identification par les parties prenantes au processus, des besoins liés à l’identité pour une paix au quotidien dans les différents sites dont :

 vivre partout sans contraintes ;

 se sentir protéger par d’autres communautés ;

 la liberté de création (liberté d’innover et mettre en oeuvre ses initiatives sans que l’on soit combattu sur base des considérations ethniques);

 la liberté de se mouvoir partout ;  liberté d’union au conjoint de son choix sans considérations ethniques ;

 besoins d’avoir une identité officiellement reconnue ;

 acceptation ;

 être associé aux activités/cérémonies organisées par d’autres membres de la communauté (clans, ethnies, groupes sociaux,…)

 participation et représentation au niveau des services locaux ;

 l’accès équitable à une justice indépendante ;

 jouir d’une paix au quotidien ;

 la reconnaissance des peuples autochtones Bingi et la vraie histoire de Binza ;

 l’implication de la femme dans la prise de décision et sa participation à toutes les assises dans le cadre de la paix et résolution des conflits ;

 

Après analyse de toutes les données recueillies dans les trois sites, et face à tous les facteurs analysés et qui ont impacté sur les programmes antérieurs, et à la lumière des besoins identifiés, la nouvelle approche pour la gestion positive des conflits identitaires sera basée sur l’amélioration des relations et de la confiance entre communautés ethniques.
Ladite approche se focalise sur l’opérationnalité d’un observatoire communautaire des tensions sociales qui intègre le monitoring, le dialogue inter et intracommunautaire débouchant aux contrats sociaux /engagements réciproques de paix entre communautés.
Elle s’inscrit dans les efforts visant :
 L’identification et la documentation des tensions sociales ;
 L’opérationnalisation d’un système d’alerte précoce des tensions sociales lourdes des conséquences ;
 La promotion des contrats sociaux de paix à travers les dialogues inter et intracommunautaires conduisant à l’élaboration des mécanismes locaux de réduction des diviseurs et promotion des connecteurs afin d’amener les communautés à savoir « vivre ensemble leurs différences »tout en participant dans le développement local ;
 Le suivi de la mise en oeuvre des contrats sociaux de paix axé sur le plaidoyer auprès des leaders locaux et des autorités de base ;
 La gestion des conflits dans leurs cercles de base (en privilégiant les ressources locales dans la transformation positive des conflits, c’est-à-dire sans trop impliquer les gens hors communauté de vie).

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